Une interview Francesco Sciacchitano par MedMedia.
02/02/2018

MedMedia, un projet financé par l’UE, a interviewé le mois dernier Francesco Sciacchitano, expert juridique à l’autorité de régulation des médias italienne, l’Autorità per le garanzie nelle comunicazioni (AGCOM).
M. Sciacchitano a contribué à notre programme pair-à-pair avec le Conseil national de l’audiovisuel libanais (CNA). Il est également l’auteur de notre rapport d’évaluation sur la législation des médias dans le pays.

MedMedia (MM) : La radiodiffusion dans le sud de la Méditerranéenne a radicalement changé ces dernières années. Quels sont les défis auxquels elle fait face aujourd’hui ?

Francesco Sciacchitano (FS) : La radiodiffusion dans la région n’a pas encore achevé sa transition numérique. Celle-ci, au niveau mondial, a créé des possibilités technologiques infinies, une globalisation de l’information et la capacité de partager et de commercialiser des contenus audiovisuels sans intermédiaires.

Le changement a conduit à une plus grande diversité, avec l’inclusion de nouveaux acteurs et sources d’information, ainsi qu’à une plus grande pluralité des voix et des contenus. Les consommateurs sont également devenus des producteurs de contenus (ou «prosommateurs») offrant des sources alternatives et contribuant à la démocratisation.

Cependant, les pays qui ont achevé la transition sont à présent confrontés à de nouveaux dangers. Les radiodiffuseurs traditionnels sont menacés par les OTT (Over-The-Top players), des plateformes en ligne qui vendent des services médiatiques en direct sur Internet via des médias en continu, en contournant les fournisseurs de services de télécommunications, de câblodistribution ou de télédiffusion qui distribuent traditionnellement de tels contenus.

La concurrence avec les radiodiffuseurs traditionnels est toutefois injuste, car les OTT ne sont pas soumis aux règles que les radiodiffuseurs traditionnels sont eux, soumis. Les lois et règlementations sur la publicité, la promotion du patrimoine culturel, la protection des mineurs, etc. ne s’appliquent pas à ces entités transnationales.

Enfin, sans régulation et filtrage efficace des informations publiées par les « prosommateurs », des contenus médiocres, non-déontologiques, erronés et même illégaux ont proliféré sur Internet. La piraterie est un problème grave et le phénomène des « fausses nouvelles » a eu un impact négatif sur l’opinion publique des médias. Ce ne sont là que quelques-uns des nouveaux défis auxquels les radiodiffuseurs de la région sont confrontés ou pourraient devoir faire face dans un proche avenir.

MM: Les cadres réglementaires existant dans le sud de la Méditerranée sont-ils toujours pertinents?

FS: La plupart des régulateurs dans la région régulent le secteur audiovisuel on mais n’ont pas d’autorité sur les fournisseurs de services de télévision par protocole Internet (IPTV), de vidéo à la demande (VoD) ou de télévision sur Internet qui sont réglementés dans l’Union européenne par la Directive Services de médias audiovisuels (SMA). Les cadres réglementaires du sud de la Méditerranée doivent être revus pour faire face aux transformations du marché. Les mandats des régulateurs devraient certainement leur permettre de contrôler le contenu (au moins télévisé) disponible via câble, satellite et Internet, et leur fournir un pouvoir d’exécution plus efficace.

MM: Quelles mesures clés ont été prises dans les États membres de l’UE pour surmonter ces défis?

FS : En Europe, ces défis et dangers ont soulevé de sérieuses préoccupations. C’est ainsi que l’UE a adopté sa Stratégie pour un marché unique numérique, une réforme majeure de l’ensemble du secteur des télécommunications :
• Dans le secteur de l’audiovisuel, une révision de la directive SMA (prévue cette année) devrait inclure de nouvelles dispositions régissant la vidéo à la demande et la web-TV. Elle couvrira également des plateformes de partage de vidéos et renforcera le rôle des régulateurs.
• Dans le secteur des communications électroniques, en 2019, toutes les directives existantes seront remplacées par un code qui réglementera également les OTT.
• Le droit d’auteur est désormais considéré comme faisant partie du secteur, et la directive européenne sur le droit d’auteur est en cours de révision. Enfin, certains régulateurs convergents, comme l’AGCOM en Italie, sont en train d’être dotés d’outils pour lutter contre le piratage en ligne.

Suite à des consultations publiques, les nouvelles dispositions sont en cours d’évaluation par les institutions européennes. Elles pourraient fournir des points de référence utiles pour une revue de la réglementation de la radiodiffusion dans les pays du sud de la Méditerranée.

MedMedia est un projet financé par l’UE appuyant la réforme des médias dans la région du sud de la Méditerranée.
Le contenu de cette interview relève de la seule responsabilité de ses auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.
Pour plus d’informations sur MedMedia, visitez http://www.med-media.eu